Ce jour là : 18 novembre

Il y a 103 ans jour pour jour, le 18 novembre 1915

Crest

Marie REINHARD

est blessée au bras dans la nuit


Il y a 79 ans jour pour jour, le 18 novembre 19439

18 NOVEMBRE 1939. DÉCRET RELATIF AUX MESURES À PRENDRE À L’ÉGARD DES INDIVIDUS DANGEREUX, POUR LA DÉFENSE NATIONALE OU LA SÉCURITÉ PUBLIQUE

Art. 1er. Dans les cas prévus à l’art. 1er de la loi du 11 juill. 1938, lorsque l’état de siège a été déclaré, les individus dangereux pour la défense nationale ou pour la sécurité publique peuvent, sur décision du préfet, être éloignés par l’autorité militaire des lieux où ils résident, et, en cas de nécessité, être astreints à résider dans un centre désigné par décision du ministre de la défense nationale et de la guerre et du ministre de l’intérieur.

Ce décret sera largement utilisé pour interner les nomades en France, comme dans l’Arrêté de la Préfecture de la Gironde du 11 novembre 1940:

« Article 1er.– Il est créé dans la commune de Mérignac, au lieu-dit « Beaudésert », un camp destiné à recevoir tous les nomades sans exception du département de la Gironde.

Article 2.– Tout individu qui s’évadera du camp sera passible des peines prévues à l’article 4 du décret du 18 novembre 1939, relatif aux mesures à prendre à l’égard des individus dangereux pour la sécurité publique.

Elle sera modifiée par la loi du 15 octobre 1941 et restera utilisée jusqu’en 1946…


Il y a 78 ans jour pour jour, le 18 novembre 1940 

Mérignac

 Rapport du 18 novembre 1940. – 8h00. La gendarmerie complète le recensement exact de l’effectif du camp, mais d’après les relevés des cartes de pain le nombre des présents est approximativement de 300 à midi. […] Effectif des nourrissons à ce jour : 62. […] Une bête de nomade [assure le ravitaillement en eau]. »


Il y a 77 ans jour pour jour, le 18 novembre 1941

Rivesaltes

†† Décès de Charles ITTY (1872 † 1941)

Évasion d’Élise WEISS, Madeleine WEISS-WINTERSTEIN,


Il y a 76 ans jour pour jour, le 18 novembre 1942

Rivesaltes : Internement de Frieda MULLER,

Saliers-Arles – 156 e jour : effectifs 58, gardes 21


Il y a 75 ans jour pour jour, le 18 novembre 1943

Saliers-Arles Correspondance.

 Intendance de Police

Cabinet

—————

[…]

15456 Suite mon télégramme du 09 octobre faire connaître télégraphiquement avis sur Libération éventuelle INDERCHIT Pierre né le 23 novembre 1909 interné vos soins Saliers actuellement Nexon et faire parvenir dossier réglementaire internement 1040/18/11

Marseille […] »

Réponse télégramme : « Intérieur Police Nationale

8e bureau

Émet avis défavorable libération INDERCHIT Pierre […]


Il y a 74 ans jour pour jour, le 18 novembre 1944

Alors que 1 000 nomades restent encore internés dans une France libérée, paraît cet étrange article de la revue V, magazine illustré du M.L.N., n° 9, 18 nov. 1944:

« LES BOHEMIENS AUSSI ONT EU LEUR CAMP DE CONCENTRATION

mais les voilà repartis vers leur destin d’éternels errants…

Entre Saliers et Albaron, la steppe camarguaise, aride, plate, désertique, avec ses tamaris, ses rizières et surtout ses « engagements » réservés à la dépaissance des taureaux de combats…

Ici surgit en 41, le premier village gitan de France.

Ce fut un événement. Les Bohémiens antisociaux nés, ouverts seulement à cette forme primitive d’esprit collectif qu’est l’esprit de clan, arrêter leurs roulottes pour se mettre à vivre en société ! On n’avait jamais vu ça.

Pauvres « Boumians ». C’est contraints et forcés, victimes de obscures d’un racisme exacerbé, qu’ils durent se laisser rassembler dans ce coin de désolation…

La chasse aux nomades

L’administration de Vichy décida un jour de s’en prendre aux nomades, de procéder à des triages, à des vérifications d’identité, de nationalité, et de parquer les gens à peau brune au camp de Saliers : les Bohémiens n’erreraient plus…

Cet état moyennageux dans la vie moderne, constituait, paraît-il, un danger. Il fallait les immobiliser. Mesure de sécurité nationale. Pas moins !

A l’instar de Marie-Thérèse

Serait-on plus heureux que Marie-Thérèse d’Autriche qui voulut fixer à tout prix les « vagabonds en roulotte » et n’y réussit pas ?

La grande impératrice avait fait construire des villes tsiganes. Une somme d’argent était remise à ceux qui s’y installaient. Tentative sans succès.

Une loi obligea alors les Tziganes à venir habiter la nouvelle cité. Devant cette décision, le roi des Tziganes alla trouver l’impératrice et lui en demanda l’abrogation :

    • Sinon, proféra-t-il avec assurance, les Tziganes vous déclarent la guerre.

Marie-Thérèse, lassée, abandonna les éternels errants à leur destin.

On ne change pas comme ça les instincts d’une race. Un trait de plume ne suffit pas à faire d’un peuple de nomades venus on ne sait d’où, une tribu de sédentaires soumis aux réglementations du monde actuel.

Saliers devait en fournir une nouvelle preuve.

Les 200 familles

On l’aménagea donc, ce camp, malgré les objections de la municipalité arlésienne. Les voisins comptèrent leurs lapins.

Voitures mises en fourrières, chevaux vendus, arrivèrent les « caraques ».

Ainsi nomme-t-on dans la région ces Bohémoiens, désignés en Espagne sous le nom de Gitans et qui battent le record des appellations contrôlées ou non (suivant les pays où ils passent, ne sont-ils pas encore Romanichels, Tziganes, Zingalis, Camps-Volants ou Gypsies?)

Il en arriva 200, courbant la tête, résignés, fatalistes.

200 sur plusieurs milliers de nomades de France : les 200 qu’on connaissait, qui possédaient un carnet anthropométrique et l’autorisation de circuler.

Comme toujours en pareil cas, on n’avait « coincé » que ceux qui étaient en règle !

L’étrange bourgade

Les amateurs de pittoresque imaginaient déjà les prolongements qu’aurait après la guerre cette innovation.

La paix rétablie, on viendrait de loin pour voir l’étrange bourgade et ses habitants aux vêtures bariolées : les hommes au teint mat, aux yeux noirs de jais, à l’élégance si particulière, les femmes nues sous les robes à ramages.

Cette originalité voyante et pouilleuse offrirait autant d’attraits que les Réserves Indiennes pour les citoyens au visage pâle des États-unis. Une belle affiche avec un slogan approprié et les touristes déferleraient sur le désert. Vues photographiques et souvenirs s’arracheraient au kiosque à bibelots installé sur la place.

Et l’on viendrait camper près d’eux, à la belle saison, pour assister à leurs réunions vespérales autour de feux de bois, égayées par les danses, les chants, les accords de guitare…

Pas tous des miséreux…

En attendant, les Bohémiens, qui occupaient une trentaine de baraques blanches à la chaux, style cabanes de gardians, et qui pouvaient aller où ils voulaient dans l’enceinte du village, s’adaptèrent tant bien que mal à leur nouvelle vie en s’occupant des muchachos (la plus belle famille de la région ne comptait pas moins de quinze gosses) et en se livrant à des corvées pour la communauté : rafistolage des casseroles, travaux de vannerie, etc.

Ils avaient un jour de sortie par semaine dont ils profitaient pour aller placer leur camelote.

  • Nos pensionnaires, m’a révélé le chef de camp, n’étaient pas tous des miséreux.Ils n’étaient pas rare ceux qui portaient sur eux 50, 60, 80 000 francs. Il y avait beaucoup de marchands de tissus, de gros commerçants. Plutôt que de vendre leur marchandise, ils préféraient d’ailleurs demander en échange du ravitaillement. A la nourriture du camp, qui n’était pas trop mauvaise, s’ajoutait les envois substantiels de la Croix-Rouge. A la longue les enfants auraient pu prendre les joues rondelettes.

Mais les gitans languissaient…

Deux cent paires d’yeux convergeaient sans cesse vers la petite route bordant le camp à l’Ouest. Car malgré tout, la Route restait le symbole exaltant de l’aventure et de l’espoir.

Ils étaient les plus heureux quand, les jours de sortie, ils pouvaient faire leur feu hors du camp, comme naguère, et se donner l’illusion d’une liberté retrouvée.

Les enfants eux-mêmes éprouvaient cette nostalgie du vagabondage.

Avec quel regret évoquaient-ils leurs roulottes perdues ! Avec quel enthousiasme les décrivaient-ils ! Me raconte la dame qui allait leur faire de temps à autre un brin de catéchisme et d’instruction.

Escapade

Aujourd’hui, le premier village romani de France est un village abandonné.

Ses habitants s’échappèrent, à la faveur des événements.

Vers la mi-aout, une escadrille de bombardement qui venait opérer dans la région, sema la panique. Les Bohémiens, qui n’attendaient qu’une occasion pour prendre la poudre d’escampette, se dépêchèrent de mettre le Rhône entre eux et le camp.

On ne pensait pas encore à les relâcher. Mais comme l’expérience n’avait rien donné, on renonça à poursuivre les fuyards. Une institution vichyssoise s’effondrait.

Il fut un temps question de remplacer les Bohémiens par des internés politiques. Mais les rappports de la Croix-Rouge furent défavorables pour des raisons d’ordre sanitaire.

Interviewé à ce sujet, M. PAOLI, nouvellement installé dans ses fonctions de directeur régional des camps, a bien voulu, me donner quelques précisions :

Les puces pullulent, les couvertures sentent mauvais, la désinfection demanderait trop de temps. Pas d’ombre l’été. Un lac l’hiver… Les internés iront à Saint-Mître.

Le camp de Saliers ne pouvant être désinfecté, sera désaffecté !

Fernand VERAN. »


Ne les oublions pas !  –  Ma bis te gar !  – Ma bisterdom tumare anava !

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Sources : Mémorial des Nomades de France, fond documentaire et archives • Archives Nationales • Archives départementales 03, 07, 09, 10, 11, 13, 14, 16, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 30, 31, 33, 34, 36, 37, 38, 40, 43, 44, 45, 47, 49, 50, 52, 61, 63, 64, 66, 67, 71, 72, 77, 78, 81, 82, 84, 85, 86, 87, 89, 91 • Archives municipales • Archives familiales privées • Bibliothèque Nationale de France •