Camp d’Argelès-sur-Mer, 1939 – 1941

Historique du Camp d’Argelès-sur-Mer, ou « Camp de la Plage » (Pyrénées-Orientales)

4 février 1939 – septembre 1941

A la fin de la Guerre Civile Espagnole des dizaines de milliers de Républicains se retrouvent bloqués à la frontière avec la France. Edouard Daladier, président du conseil, donne l’ordre de passage le 5 février 1939. C’est lui qui promulgue le décret-loi du 2 mai 1938 sur la police des étrangers, complété par celui du 12 novembre 1938 qui prévoit l’internement des « indésirables étrangers ». Ils sont immédiatement enfermés par les autorités françaises dans les camps de concentration improvisés comme le camp de concentration d’Argelès-sur-Mer, situé juste au nord de la plage d’Argelès. Ce camp devint durant la Seconde Guerre mondiale un Centre de rassemblement des étrangers avant d’être transformé en septembre 1941 en chantier de jeunesse. Bien qu’appelés « camp de concentration » ils sont à distinguer de ceux créés par les Nazis. “ Le terme camp de concentration peut choquer ; il est couramment utilisé dans les documents administratifs de l’époque, et le ministre de l’Intérieur, Albert Sarraut, l’emploie dans un sens “ lénifiant ” lors de sa conférence de presse au début de février 1939 : Le camp d’Argelès-sur-Mer ne sera pas un lieu pénitentiaire, mais un camp de concentration. Ce n’est pas la même chose. ” (Cité par Dreyfus-Armand, Emile Témime, p.20-21.) La loi du 18 novembre 1939 qui permet l’internement « de tout individu, Français ou étranger, considéré comme dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique » élargit l’internement aux espagnols comme aux Alsaciens-Lorrains français.

Le camp est construit ex-nihilo en février 1939 sur 65 hectares sur la bordure littorale, battue par la tramontane le long de la route. Il est bordé au nord par un massif boisé, à l’ouest par des terrains marécageux et plus au sud viticole. D’abord fait de tentes et d’abris de fortunes, il est suivi de la construction de baraques en dur de type Adrian, suivant un plan régulier commun aux camps de réfugiés de l’époque, mis en place par le général Ménard. Il est dirigé à partir d’octobre 1940 par Gustave Humbert-David, 35 ans, capitaine de réserve au 12 e Bataillon de Chasseurs, précédemment affecté au camp de Saint-Paul d’Eyjaux (Haute-Vienne)

D’une capacité prévue de 14 000 personnes, on compte près de 43 000 réfugiés en avril 1939. Le camp atteint un total de 220 000 réfugiés en transit durant sa période d’ouverture. Il accueille un bureau de l’organisation Todt. En octobre 1941 il est dissous, les internés transféré au camp du Barcarès. Il devient alors un Chantier de la Jeunesse française du régime de Vichy. Il est ensuite démonté pour récupérer les matériaux de construction.


Quelques internés du camp d’Argelès-sur-Mer :

Après les réfugiés espagnols il accueille des « étrangers ressortissants de pays ennemis » des nomades et des Juifs. Les « expulsés d’Alsace-Lorraine par les Allemands dès l’été 1940 sont dirigés vers la zone libre. Certains sont assignées à résidence dans le Rhône, d’autres, internés par le gouvernement de Vichy dans des camps existants depuis 1939. Vichy les interne d’abord au camp d’Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales). Le 20 juin 1940 un contingent de nomades est transféré au camp de Rivesaltes. Le 30 octobre 1940, [le représentant de la Croix-Rouge internationale, Alec Cramer précise que sur 12 046 internés, se trouvent « 382 nomades d’origine française, presque tous marchands ambulants, qui se trouvaient en Alsace et ont été refoulés par les autorités allemandes ». Au 1er janvier 1941, 336 nomades y sont toujours détenus. Fin 1941, l’administration transfére les internés au camp du Barcarès [dissous en juillet 1942] (Pechansky, p. 33 et p. 41). De là, certains sont envoyés vers le camp de Rivesaltes puis au camp de Nomades de Saliers-Arles.

• Léonie Marie BATTISTA : Internée lors de la retirada

• Bamboula Démeter, évadé du camp

• Augustin DORKELD : au moment de son arrestation en résidence forcée à Bellac. Interné à en mars 1940 sur décision du préfet de en Haute-Vienne. Evadé (Photographie: © famille Dorkeld, DR)

• Georges DORKELD, évadé le 15 juin 1941 (Ici photographié en 1943. © Archives départementales de la Vienne)

• Claire GIMENEZ, internée le 29 décembre 1940, à l’âge de 4 ans. (© Archives départementales des Bouches-du-Rhône)

• Francisco GIMENEZ, sauf-conduit pour lui et sa femme pour se rendre au camp d’Argelès-sur-Mer à pied en voiture ou en train en 15 jours suivant un itinéraire donné (© Archives départementales des Bouches-du-Rhône)

• Ignacio GIMENEZ

• Isabel Gimenez-Emanuel, née le 06 décembre1940 au camp

• Léon Gimenez, interné le 29 décembre 1940

• Eugénie Hess, évadée du camp, décédée le 28 avril 1941 à Perpignan.

• Ernestine HOFFMANN : « lorsque la guerre a éclaté, nous avons quitté Strasbourg où nous avions l’habitude de circuler. Mes parents étaient en prison et je me retrouvais donc seule avec mes enfants à Limoges. Mon père, Adolphe, est mort dans cette prison. Deux personnes de ma famille sont donc venues me chercher pour que je vienne avec elles à Lyon où se trouvaient beaucoup de Manouches d’Alsace. Après, nous avons été emmenés au camp d’Argelès. Je me souviens qu’une fois, la mer était montée et avait inondé le camp. Il avait donc fallu fuir quelque temps au village et quand l’inondation a été terminée, on nous a remis au camp d’Argelès. Mon beau-père, Gustave Hoffmann est mort dans ce camp. Nous sommes allés peu de temps après au camp de Rivesaltes avec toute la famille. Mon mari a été réquisitionné par les Allemands pour aller au travail forcé. Il travaillait dans une mine. Et puis, il s’est échappé du lieu où on le faisait travailler et il est retourné à Lyon. Quand je l’ai appris par des manouches qui venaient d’arriver au camp, je me suis échappée du camp de Rivesaltes avec mes deux enfants et nous sommes allés à Lyon. Là, nous avons vécu dans un appartement pendant pas mal de temps. Nous étions rassemblés avec d’autres Manouches dans un même quartier. »

• Jeanne Reinard, internée le 29 décembre 1940, décédée le 26 octobre 1943 au Camp de Saliers. 


Une stèle commémorative a été posée le long de la plage en 1956

Selon le Mémorial de la déportation des juifs de France de Serge Karsfeld 14 personnes parmi les familles Adel, Hoffmann, Reinhardt, Weiss et Winterstein sont décédées dans ce camp entre octobre 1940 et juillet 1941

Na bister!


En savoir plus sur le site de No Pasaran, 

Visionner le film No pasarán de Henri-François Imbert en catalan sur l’internement des républicains au camp d’Argelès

Visiter le CIDER (Centre international de documentation et d’études de la Retirada), avec le soutien institutionnel de la Mairie d’Argelès, 26, Avenue de la Libération, 66700 Argelès-sur-Mer, Tel. 0033 468 958 503, cider@mairie-argeles-sur-mer.fr / cidermairieargelessurmer@gmail.com

Dreyfus-Armand, TÉMIME, Émile, Les camps sur la plage, un exil espagnol, Autrement, 1995,


crédits photo: Image de tête © Pierre Fuentes. Vue aérienne du camp d’Argelès-Plage en Février Mars 1939.

crédit photo : Cartes postales APA