Journée Européenne de la Mémoire du Génocide des Sinté Rroma et Voyageurs #02 août 2026

Le Mémorial du Camp de Rivesaltes,

le Mémorial des Nomades et Forains de France

vous invitent à la

Journée Européenne de la Mémoire du Génocide des Sinté Rroma et Voyageurs le 2 août 2026

· 17H00 : Cérémonie aux Stèles – avec le Mémorial des Nomades de France

Prises de paroles:

Gigi Bonin, Président du Mémorial des Nomades et Forains de France

Jojo Soler, Représentant de l’association des Gitans de France et Membre de la Commission Mémoires du Mémorial du camp de Rivesaltes

Ricardo Valenti, Président de l’association « Rromanipe’s » des jeunes gitans du quartier Gràcia de Barcelone »

Agnès Langevine, Vice-présidente de la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée, représentant Carole Delga, Présidente de la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée

Charles Chivilo, Conseiller départemental représentant Hermeline Malherbe, Présidente du Département des Pyrénées-Orientales

Bruno Berthet, Secrétaire général de la Préfecture, des Pyrénées-Orientales représentant Pierre Regnault de la Mothe, Préfet des Pyrénées-Orientales

Dépôt des gerbes.

  • Hymnes : Hymne rom « Djelem, Djelem » par Saban Bajramovic, Hymne européen, Echoes of France(La Marseillaise) par Django Reinhardt et Stéphane Grapelli, enregistré à Londres en 1941
    A l’issue les autorités vont remercier les porte-drapeaux.

· 18H30 : Vernissage de l’exposition des photographies « Regarde les filles et les fils du vent ! » de la communauté gitane du quartier de Saint-Jacques et du quartier Le Vernet de Perpignan, réalisée par l’Association des Gitans de France avec comme commissaire d’exposition Joseph SOLER, membre de la Commission des Mémoires du Mémorial du camp de Rivesaltes. L’exposition sera ensuit présentée dans le OFF du Festival Visa pour l’Image à Perpignan à partir du 29 août 2026.

· 20H00 : Concert de Paloma Pradal accompagnée de Florent Matéo « Et vous, qui êtes-vous ? ». Un seule en scène autobiographique dont émane la force éclatante d’une femme gitane. Affranchie, rebelle, pleine de feu, elle invente un voyage au cœur de son univers.

Renseignements et inscriptions : Mémorial du Camp de Rivesaltes

Contact presse : Gigi Bonin : info@memorialdesnomadesdefrance.fr


Galerie photo

Merci à Jean Barat, pour ces photographies, sa présence, et son aimable autorisation de reproduction.


Discours de Gigi Bonin, président du MNF

Lacho dives savorrengue,

Mesdames, Messieurs,

Merci de nous faire l’honneur de participer à cette cérémonie, et tout particulièrement Monsieur le Secrétaire Général de la Préfecture, Bruno Berthet, puisque c’est la première fois à notre connaissance qu’un représentant de l’État y participe officiellement.

Avant de procéder à la lecture des noms des personnes décédées au camp de Rivesaltes, jugées arbitrairement « de race : nomade », un rappel historique :

Il y a 80 ans, le 1er juin 1946, les dernières personnes dites « Nomades et Forains » (d’ethnies gadjé, kalé, rroma, sinté, ou yéniches), presque deux ans après la Libération, après 6 ans d’assignation à résidence (décret du 6 avril 1940), et d’enfermement en divers lieux sont « libérées » du camp d’Angoulême aux Alliers, à 300 mètres de l’actuelle aire d’accueil. Libres ? Pas tout à fait… Dans les Pyrénées-Orientales on expulsera vers l’Espagne quelques « étrangers indésirables ». Pour d’autres le parcours concentrationnaire se poursuit avec des assignations à résidences sur tout le territoire hexagonal. A partir de 1947, les familles pour certaines reprennent le Voyage comme en témoignent les demandes de plaques de contrôle spécial obligatoires à l’arrière des attelages. Le recensement des populations Nomades pour « juger des effets heureux de cette période » (Texier) aux alentours de 1948 révèle de nombreuses fixations des personnes sans que chacun sache quel est leur statut. La commission interministérielle placée sous l’autorité de Pierre Join-Lambert, décoré sous Vichy de l’Ordre de la Francisque, s’attachera donc à la recherche de ces fameux « effets heureux ». Ses travaux aboutiront à la loi de 1969, créant des Gens du Voyage, en remplacement des Nomades. Ce même Join-Lambert étant l’embryon des Etudes Tsiganes, de la FNASAT, et de l’actuelle Commission Nationale Consultative des Gens du Voyage, toujours chargée de l’encampement d’une soi-disant communauté. Post-colonialisme quand tu nous tiens !

Et la reconnaissance dans tout cela ?

Le chancelier Helmut Schmidt le 17 mars 1982 déclare devant le Bundestag :

« Les Sinti et les Roma ont été gravement blessés par la dictature nazie. Ils ont été persécutés pour des raisons raciales. Ces crimes sont catégorisés comme faits de génocide.», référence évidente à la convention de l’O.N.U. de 1948.

Il reconnaît la responsabilité de l’État allemand, demande pardon aux victimes, et propose des réparations. Un guichet est ouvert pour la France, qui le refuse, ne s’estimant pas concernée…

Les premiers travaux d’historiens en France dans les années 1990 (Peschansky, 1994, Hubert, 1997, Filhol, 2009) estiment à moins de 6000 les personnes internées. Presque tous reconnaissent aujourd’hui que le chiffre est sous estimé. A titre d’exemple le relevé réalisé par l’excellent camarade Alexandre Doulut sur le camp de Rivesaltes était d’environ 700 personnes (2014). Nos travaux ont montré qu’il s’agit du double. C’est ainsi dans tous les camps étudiés. De plus, l’historiographie moderne prenant en compte les diversités d’immobilisations et d’enfermement dans un « système d’internement du régime de Vichy. » (Eggers, 1995, 2008), amène à une vision d’ensemble largement revue à la hausse (About, 2023).

Depuis 1961 le monde du voyage français s’est mobilisé pour faire valoir ses droits, porté par Nikki Lorier et Dany Peto-Manso, Didier Loeffler et Samson Gargowitz, Nara Ritz, Jojo Soler, et d’autres.

En 1989, le regretté Fredo Lievy, qui vient de nous quitter, que la terre lui soit douce, rassembla autour de lui Catherine Grèze, députée européenne EELV, Jean-Pierre Boistard ainsi que des attachés parlementaires (notamment Fanny Thibert), rejoint par Sébastien Schied. A l’issue de 18 mois de travaux parlementaires le parlement européen par un vote solennel a reconnu le Génocide des Sinté-Rroma et Voyageurs, suivi en 2015 de l’instauration de cette journée mémorielle.

En France, des discours, mais pas de reconnaissance. Le 8 avril 2026, la résolution européenne n°2583, portée par la députée EELV du Bas-Rhin, Sandra Régol, de transposition dans le droit français de la reconnaissance et de la mémorialisation européenne a été adoptée à l’unanimité par la commission des affaires européennes de l’assemblée nationale.

Aujourd’hui, la situation du monde du voyage est catastrophique ! Hormis la permanence de cette catégorie administrative fourre-tout de « gens du voyage » qui abrite un racisme systémique d’État, dont tous s’accommodent, y compris la Dilcra…

Hormis la permanence d’une commission chargée de l’application de la loi dite Besson de 2000, qui structure l’encampement d’une partie de la population et valide un racisme environnemental (équipements inadaptés, relégation territoriale, risques sanitaires, etc. (Acker, 2023)

Hormis le déni d’accès aux droits communs (logement, santé, éducation, travail)

La droite dite Républicaine, après de nombreuses tentatives a fini par inclure dans le fourre-tout de la loi Ripost, l’article 5, votée le 22 juillet, contre les « installations illégales ». « Au 31 décembre 2025, seules 244 aires de grand passage étaient disponibles sur les 377 prescrites. Lorsqu’aucun terrain n’est prévu, le groupe s’installe ailleurs, puis la carence publique est présentée comme une faute des Voyageurs. » (Acker, 2026 : https://blogs.mediapart.fr/william-acker/blog/240726/loi-ripost-et-gens-du-voyage-mesure-t-la-gravite-de-ce-qui-vient-d-etre-vote)

Cela concerne surtout les 177 000 personnes mal logées (Fondation pour le logement, 2026), les petits groupes, les familles, les individuels qui n’ont pas accès au logement en France.

Alors, de quelle reconnaissance parle-t-on ?

Nos camarades espagnols, malgré leurs difficultés, ayant bénéficié de la decada, peuvent en témoigner : une autre voie est possible.

Trop c’est trop ! Vérité, Justice, Dignité doivent s’appliquer !

En terme de vérité : Nous demandons, la publication immédiate par le premier ministre de la Résolution Européenne 2583.

La création d’une commission d’enquête, type Mattéoli, d’étude des persécutions, crimes, crimes de guerre, crimes contre l’humanité, actes de génocide, spoliations, etc. commises contre les populations dites « Nomades et Forains » durant la deuxième guerre mondiale et ses conséquences. Cette commission doit aboutir à un vote des parlementaires français.

En terme de justice réparatoire : hormis quelques cas isolés de survivants, il est trop tard.

Des crédits seraient beaucoup mieux utilisés à insuffler une nouvelle politique, en commençant par l’abrogation immédiate de l’article 5 de la loi Ripost.

Dans une volonté de réconciliation nationale, nous demandons la reconnaissance de la caravane comme logement, une résorption de l’habitat indigne, un plan ambitieux d’accès à l’éducation et aux études supérieures, une garantie d’accès aux soins, un accompagnement spécifique dans l’accès au travail. Une vie digne pour nos enfants.

Lorsque l’État remplit son rôle, le fascisme recule.

Nous allons maintenant procéder à la lecture des noms :

Retrouvez ici la liste de personnes décédées


Galerie


Trajet entre le Mémorial du Camp de Rivesaltes et les Stèles

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