Camp de Poitiers (Vienne), 1940-1944

Centre de Séjour Surveillé de la route de Limoges, Poitiers (Vienne) 05/10/1940 – 24/11/1944

Le Centre de Séjour Surveillé de la route de Limoges, à Poitiers a d’abord été créé pour accueillir les réfugiés espagnols de la retirada en 1939. Après l’armistice du 22 juin 1940, il reste sous administration française, sous contrôle de l’occupant.

Suite à l’ordre du MBF allemand du 4 octobre 1940, un grand nombre de nomades français et étrangers y sont internés en décembre 1940.

Il seront au total près de 500 internés nomades ici sur une capacité de 900 Internés.

Les conditions sont les mêmes que dans les autres camps (absence de matériel, de chauffage, manque de nourriture, maladie…) auxquelles s’ajoute ici le sol argileux qui se transforme en boue collante l’hiver… Il y a 20 baraques de 50 m sur 6.

Ils sont rejoints par 309 juifs adultes et enfants à la mi-juillet 1941.

Le 1er décembre 1941 il contient 801 internés (27 espagnols, 452 nomades, et 322 israélites, chacun séparés des autres par une clôture).

Recensement: 456 internés en mai 1942.

En juillet 1942, commencent les déportations via Compiègne pour les hommes nomades, direction Buchenwald et Sachsenhausen. Une centaine d’entre eux y mourront.

Le 1er juillet 1942 le camp compte 473 nomades.

Le 1er octobre ils sont 459. Presque tous les juifs ont été déportés.

Le 13 janvier 1943, 66 nomades en sont déportés vers Oranienburg-Sachsenhausen.

Le 26 juin 1943, 25 hommes sont déportés vers Buchenwald.

Jules BEAU, évadé du camp de Nomades de Saliers y est interné en 1943 (lettre du 1er juillet 1943)

Le 29 décembre 1943, le camp de Poitiers est vidé de ses 304 occupants transférés au camp de Monteuil-Bellay sur ordre allemand.. Il s’agissait de faire de la place pour 2 à 300 « politiques », résistantes, membre du P.C.F., essentiellement des femmes en provenance de la prison de la Pierre Levée.

Transfert d’une 15ne de personnes à MB le 24/11/44.

Le camp était situé au bord de l’actuelle avenue Jacques Coeur, côté Gibauderie, de part et d’autre de la rue du Père Jean Fleury qui en rappelle le souvenir. Il n’en reste rien. 


Lieux de mémoire

Les archéologues de l’INRAP y ont effectué des fouilles récentes ; confirmation fut faite du peu de vestiges laissés par les baraquements alors construits. Une stèle commémorative fut édifiée le 4 septembre 1985, complétée par une plaque le 16 juillet 1994. Et c’est tout. 

« En ce lieu se trouvait le camp d’Internement de la Route de Limoges. Du mois de décembre 1940 à la Libération, le 5 septembre 1944, plusieurs milliers d’hommes, de femmes et d’enfants juifs et tsiganes et des résistants y furent entassés dans des conditions inhumaines, avant d’être déportés vers des camps de concentration et d’extermination nazis. (Inaugurée le 4 septembre 1985). Une seconde stèle apposée le 16 juillet 1994, comporte un additif au texte précédent : La République française en hommage aux victimes des persécutions racistes et antisémites et des crimes contre l’humanité commis sous l’autorité de fait, dite Gouvernement de l’Etat français (1940-1944). N’oublions jamais. »


Sources: AD13

AD33

AD86

LÉVY, Paul, » Poitiers, antichambre de la Shoah », in Revue d’Histoire de la Shoah, pp. 120-143, janvier-avril 1995