Maria PAPADOPOULOS (1882 † 1944)

Maria Vassilonna PAPADOPOULOS, veuve de Jean YANKOVICH (né en 1863), est née en 1882 à Corfou* (Κερκύρα, Grèce), de nationalité Hellène, de « race: Nomade », en fait Rom kalderash, sans profession, de religion orthodoxe, parlant le grec mais pas le français. Elle est la fille de Vassili PAPADOPOULOS et de Catherine SIMONTINESCO. Signalement : 1m 50, cheveux gris, nez dévié, illettrée, jamais condamnée. Carte d’identité d’étranger n° 34-CH-16382, délivrée par la préfecture de Police de Paris, le 4 mai 1936, prorogée le 22 mai 1939.

L’installation de régimes fascistes, avec leur corolaire de persécutions, en Italie (1923),  l’instauration en Grèce de la dictature de Pangalos en 1925-1926, l’instabilité politique générale des Balkans, les troubles en Espagne peuvent expliquer leurs déplacements san retour possible en arrière (dictature de Ioannis Metaxás (1871-1941), le 4 août 1936, les menaces de guerre Italo-Grecque pesant directement sur Corfou jusqu’au début des hostilités le 28 octobre 1940, le déclenchement de la guerre civile espagnole en 1936)

A son arrivée en France, depuis l’Espagne, probablement par Irun en 1934, c’est une cheffe de famille de 52 ans, avec ses 5 enfants : Michel YANCOVITCH (1906– Corfou, veuf, père de 2 enfants âgés de 10 et 6 ans), Serge YANCOVITCH (06/11/1911- Corfou), Georges YANCOVITCH (1913- Corfou), Wladimir, YANCOVITCH (1921- Corfou), et Émile YANCOVITCH (1925- Corfou),

Ils vivent probablement à Paris depuis 1936. Serge obtient une carte d’identité d’étranger à la Préfecture de Police de Paris le 11 mai 1939. Il est en ménage avec une russe, Hélène ZOTOFF, dont il a deux enfants de 2 et 5 ans. Celle-ci a obtenu la nationalité française à sa majorité (21 ans). Puis lors de l’exode comme beaucoup de roms ils résident à Bordeaux (Gironde), 7, rue Vinet. Le 27 juin 1940, les Allemands occupent Bordeaux et atteignent la frontière espagnole. L’écrivain-photographe et rachaï Mateo MAXIMOFF évoque cet épisode dans son œuvre « Les Roms qui ignoraient tout de ce qui se passait alors en Europe ne pouvaient ni savoir ni comprendre que toute cette foule ne venait pas seulement de Paris, mais aussi de toute la France et même de toute l’Europe; tous ces gens fuyaient devant le danger du nazisme. Sur toutes les routes de France, en se déplaçant vers le Sud, vers l’Espagne, on côtoyait toutes les races de la terre, mais surtout des Juifs en provenance des Balkans et de la Baltique. […] Le rendez-vous de tous les Roms était la ville de Bordeaux. » (Dites-le avec des pleurs, p.103.) La ville de Bordeaux passe de 400 000 à 1 800 000 habitants…

La famille part à Toulouse (Haute-Garonne), 16, rue de l’Industrie en 1940. « Les deux fils aînés […] disent exercer la profession de chaudronnier-rétameur-bricoleur et travailler, dans la campagne, à la belle saison. »

A la demande du préfet de Haute-Garonne, elle fait l’objet d’une fiche du VIIe bureau, police administrative des étrangers, de la Sûreté Nationale le 22 janvier 1940 avec avis d’expulsion prononcé le 02 février 1940, conformément à la circulaire du 17 septembre 1939 sur la présence des étrangers en France, validé par l’Inspection Générale de la Police Criminelle, 2e section le 08 février 1940. « La présence sur notre territoire de ces étrangers faisant partie d’une tribu errante, n’est d’aucune utilité et peut devenir un danger pour la sécurité des biens« . Le 11 février 1942, les avis sont rendus: les aînés doivent être internés à la prison militaire [de Furgole?] dans l’attente de leur expulsion vers la Grèce, Wladimir et Michel sont pressentis pour êtres internés au camp du Vernet d’Ariège, les plus jeunes, Nicolas et Joseph, fils de Miguel seront confiés à l’Assistance Publique de Toulouse. Maria, Serge et Georges sont recherché à Marseille où ils ont de la famille et où ils ont fait une demande de sauf-conduit pour circuler dans cette ville le 19 janvier 1940. Ils sont probablement arrêtés à Marseille (Bouches-du-Rhône), entre le 07 janvier et le 15 janvier 1942.

Motif de l’internement : EDEN (en surnombre dans l’économie nationale). N[omade] au crayon bleu, D en haut de la fiche (sic). Dossier n° 13584- rayé >- 15046. Ilot : K, Y. A. Évasion de son fils Émile. Transfert n° 266 du Camp d’Hébergement de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), au camp du Barcarès (Pyrénées-Orientales) du 23 janvier 1942 (en compagnie de son fils Serge) au 07 juillet 1942 sous le matricule 357. Camp d’Hébergement de Rivesaltes Ilot K le 07 juillet 1942, transférée Ilot Y le 08 août 1942.

Transférée au Camp de Nomades de Saliers (Bouches-du-Rhône) le 25 novembre, n° de sortie 6822. Internée le 27 novembre 1942, matricule 285, évadée le 24 janvier 1943. Recherchée chez son fils Michel YANCOVITCH, cité ouvrière à Saint-Priest-de-Gimel (Corrèze). Repérée le 28 janvier 1943. Retour d’évasion le 13 février 1943. Evacuée sur l’hôpital le 20 mars 1943. Rentrée de l’hôpital.

Mutée au Centre de Séjour Surveillé de Noé (Haute-Garonne) le 14 octobre 1943, matricule n° 3 965, notée C.F. au crayon bleu en haut à gauche, quelques jours après la mutation de son fils Émile pour le camp du Vernet d’Ariège ; elle s’y retrouve donc seule.

Décès n° 298 au Centre de Séjour Surveillé de Noé (Haute-Garonne), le 02 février 1944 à 7 heures 15, à l’âge de 62 ans, de « Tuberculose pulmonaire » officiellement (première cause de mortalité du camp). Déclaration de Jacques Grerunier, Inspecteur au C.S.S. de Noé.

* Corfou a été depuis le XIVe siècle le siège d'un important feudum acinganorum (fief Άτσίγγανοι, athinganoi, selon la terminologie de l'époque) jusqu'à l'abrogation du système féodal à la fin du XIXe siècle.

N’oublions pas son nom ! Na bister !


Parcours géographique


Documents d’état-civil et de police



Documents d’internement


Sources 

Archives Départementales des Bouches du Rhône, FRAD013, 142 W 78 ; 142 W 97_0008, fiche individuelle, papiers administratifs ; 142 W 98 Mutations.

Archives Départementales de la Haute-Garonne, FRAD031, 05956 W 11 847, fiche individuelle recto-verso ; 5523 W 834, sous-dossier n° 93302, dossier d’enquête sur la famille Papadopoulos-Yancowitch, Sûreté d’État, police municipale, 1940.

Archives Départementales des Pyrénées Orientales, FRAD066, 1260 W 34, registre des entrées du camp de Rivesaltes ; 1260 W 76 n° 357, registre des sorties du camp de Rivesaltes.

Archives Nationales, AN 19940470/1, Dossier 41, Intérieur, fichier central de la Sûreté Nationale.

Etat Civil Noé/1944/DE/5.

SOULIS, George The Gypsies in the Byzantine Empire and the Balkans in the Late Middle Ages, Dumbarton Oaks, 1961, pp. 156-158.

DE LOVERDO, Costa, La Grèce au combat, de l’attaque italienne à la chute de la Crète,1940-1941, Paris : Calmann-Lévy , 1966, 350 p.-[16] p. de pl.